mercredi 8 février 2017

Comment ne pas croire n'importe quoi ?

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Après les attentats qui ont frappé le journal Charlie Hebdo, toutes sortes de théories du complot ont surgi sur Internet, contestant la version officielle du massacre. Certains internautes affirmaient par exemple que les rétroviseurs de la voiture des terroristes avaient changé de couleur entre deux photographies ou que François Hollande était arrivé un peu trop vite sur les lieux – autant d'éléments de nature à semer le doute, selon eux. Nombre des colporteurs de ces théories conspirationnistes accusaient leurs concitoyens d'être « des moutons » gobant les affirmations du « système ». À l'inverse, eux s'érigeaient en hérauts de « l'esprit critique ».

Comment bien douter

Le problème est que si cet esprit s'exerce sans méthode, il conduit facilement à la crédulité. Un conspirationniste qui se focalise sur l'étrangeté apparente d'un élément sans en analyser toutes les explications possibles n'est au fond pas moins crédule que celui qui accepte tout sans réfléchir. Le doute peut être un chemin vers le progrès des connaissances et vers l'autonomie mentale, mais aussi vers une forme d'asservissement de l'esprit. Quand le philosophe René Descartes a proposé, voici 400 ans, de tout remettre en question, il adressait avant tout son doute à lui-même, à ses propres préjugés, à l'évidence de ses sens… Et son objectif était de reconstruire un chemin méthodique vers une connaissance qui lui paraissait solide, non de sombrer dans un relativisme absolu.
Alors, comment « bien » douter ? Faut-il contester chaque information rapportée par les médias, triturer chaque donnée perçue par nos sens, raisonner sur ses raisonnements dans une sorte de régression infinie de la pensée ?
Nous n'avons pas les moyens d'un tel scepticisme tous azimuts. Car la recherche méthodique d'une solution qui contredit nos intuitions a un coût mental, et plus précisément énergétique. Pour penser que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil et non l'inverse, il faut refuser ce que nous disent nos sens, mobiliser nos souvenirs d'école, nous imaginer la position des astres dans l'espace, etc. Bref, enchaîner une série de tâches cognitives exigeantes. Or le psychologue cognitiviste Stephen Monsell, de l'université d'Exeter, a découvert en 2003 que le coût mental est particulièrement élevé lorsque l'on passe d'une tâche à une autre. Ce coût est d'ailleurs sous la surveillance étroite de plusieurs zones cérébrales.

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