lundi 6 février 2017

Gastornis l'oiseau carnivore devenu végétarien ?

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Si vous entrez le mot Gastornis sur Internet, la plupart des images que vous trouverez seront celles d'un impressionnant oiseau géant attaquant avec férocité de petits mammifères. Et pour cause. Depuis la découverte, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, de plusieurs ossements de cette espèce disparue du début du Tertiaire, les reconstructions de l'animal le présentaient tel une grue terrifiante, un rapace terrestre maître du monde au Paléocène qui aurait décliné avec l'avènement des mammifères carnivores, comme l'écrivait encore en 1971 le paléontologue finlandais Björn Kurtén dans son livre The Age of Mammals.

Certes, le scénario de l'oiseau carnivore est tentant, d'autant qu'il s'inscrit bien dans l'histoire de la faune terrestre. Jusqu'à la fin du Crétacé en effet, les plus grands animaux terrestres étaient les dinosaures. Ils avaient des tailles et des modes de vie très variés leur permettant de se répartir dans les différentes niches écologiques. Mais durant la crise Crétacé-Tertiaire, il y a 66 millions d'années, ces dinosaures se sont éteints, laissant libres de très nombreuses niches écologiques continentales. Ainsi, juste après l'extinction des dinosaures, au début du Tertiaire, le seul animal terrestre de grande taille était Gastornis. Alors que les mammifères ne dépassaient pas la taille d'un gros chien, ces oiseaux mesuraient environ 1,5 mètre de haut. Apparus en Europe au Paléocène, il y a quelque 60 millions d'années, ces géants s'éteignirent au milieu de l'Éocène, il y a environ 42 millions d'années, après avoir colonisé l'Amérique du Nord et l'Asie.
En quoi ces oiseaux ont-ils été les successeurs des dinosaures dans les environnements terrestres post-crise ? Quelle niche écologique occupaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Qu'il s'agisse de leur régime alimentaire, de leur mode de locomotion ou de leur stratégie de reproduction, ces questions sont longtemps restées sans réponse, d'autant que l'histoire de la découverte de Gastornis a eu plusieurs rebondissements qui ont brouillé les pistes. Mais de nouvelles études viennent de résoudre une partie du mystère grâce à des approches pluridisciplinaires combinant paléontologie classique et nouvelles technologies. Gastornis serait plus proche du placide takahé de Nouvelle-Zélande que d'un terrible prédateur.
Le premier fossile de Gastornis fut découvert en 1855 dans le conglomérat de Meudon, près de Paris. Ce fossile, correspondant à un tibiotarse (os de la patte), fut nommé Gastornis parisiensis en l'honneur du physicien Gaston Planté, son découvreur. Par la suite, Victor Lemoine, médecin à Reims et passionné de paléontologie, exhuma des fossiles complémentaires de Gastornis dans le nord-est de la France et, dès 1881, en proposa une reconstitution : un grand oiseau aux longues pattes et aux ailes réduites, arborant un long cou et un bec assez allongé . À en croire le médecin, ses mâchoires portaient des excroissances peut-être assimilables à des dents. Ainsi, à une époque où les idées de Darwin se répandaient chez les paléontologues, Gastornis semblait être un animal intermédiaire entre les reptiles et les oiseaux.

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